Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Comme le veut désormais la tradition, l’insolent Christian Bégin était à la barre de la 6e édition de La Nuit de la déprime, lundi soir, au Théâtre St-Denis. Alors que le quatrième lundi du mois de janvier serait, aux dires de certains, la journée la plus déprimante de l’année, l’animateur nous a fait rire en conjuguant cette morosité ambiante avec ses commentaires corrosifs sur l’ère Trump. Mais, ce sont surtout les moments musicaux qui ont retenu l’attention avec des interprètes de divers horizons, dont Breen LeBoeuf, Betty Bonifassi, Yann Perreau, Dany Bédar, Nicola Ciccone, ainsi que la soprano Giorgia Fumanti et l’ancienne première dame du Canada, Sophie Grégoire.

Une boîte à surprises
Après avoir fait son entrée au parterre, en se moquant de certains spectateurs des premières rangées, Christian Bégin s’est lancé dans une sombre revue de l’actualité sur un ton gentiment provocateur. Cela était, en fait, le préambule à son interprétation d’une chanson emblématique de Gilbert Bécaud: Et maintenant. Tous les invités de la soirée se sont d’ailleurs joints à Bégin pour chanter ce classique qui explore la désolation après une rupture amoureuse. Le ton était donné!
Sarcastique, même avec ses invités, l’animateur a ensuite applaudi l’excellente interprétation par Jeanick Fournier du grand succès du groupe Nuance, Vivre dans la nuit, mais il s’est empressé d’ajouter avec ironie que les paroles de cette chanson auraient pu être écrites par ChatGPT.

Cela dit, une fois de plus La Nuit de la déprime aura réuni des vedettes qui ont surpris le public en révélant une facette méconnue de leur personnalité. On se souviendra, entre autres, d’Alex Nevsky pour sa relecture très personnelle de Pleurs dans la pluie de Mario Pelchat.
Quant à Sophie Grégoire, elle a su émouvoir avec son interprétation de Ma fille de Serge Reggiani, dans une orchestration gravitant autour du violoncelle. C’est d’ailleurs au son de ce noble instrument que le vétéran Breen LeBoeuf a entonné l’iconique Mes Blues Passent Pu Dans’Porte, un titre d’Offenbach, que le Québec fredonne depuis près de 50 ans!

Durant toute la soirée, Antoine Gratton, pianiste et chef d’orchestre, a fait preuve d’une remarquable polyvalence, en sachant trouver l’ambiance appropriée à chaque interprète, qu’il s’agisse des grandes envolées vocales d’Ennio Morricone avec Giorgia Fumanti, ou de la cocasse J’haïs l’hiver reprise par Véronique Claveau, sur un ton délicieusement rageur!
Parmi les temps forts de cette soirée, on retiendra aussi Le chat du café des artistes de Ferland magnifié par Betty Bonifassi très en voix et ovationnée!
Par contre, il va sans dire que dans un tel spectacle de plus de deux heures, certains numéros volent moins haut. On aura sans doute vite oublié, entre autres, les monologues des humoristes Dominic Paquet et Jean-François Mercier. Quant à la chanteuse Audrey Simard, il serait bien étonnant que son interprétation de la chanson Ailleurs de Marjo passe à l’histoire!
Pas de coup de coeur, non plus, pour l’interprétation de La Manic de Georges Dor par sa petite fille Léane Labrèche-Dor avec Elliot Maginot. Un duo strident!
Un hommage inattendu
Quant à Christian Bégin, son humour était peut-être un peu moins mordant que d’habitude, devant une assistance moins nombreuse que l’an dernier. Malgré tout, l’animateur pince-sans-rire a pris un malin plaisir à brouiller les pistes. C’est ainsi qu’avec un air solennel, il nous a invité à regarder une vidéo en hommage aux grands disparus de 2025.
Or, le public a tout de suite pouffé de rire en voyant apparaître à l’écran, Pablo Rodriguez, qui est disparu de notre paysage politique, après avoir été contraint de remettre sa démission en tant que chef du Parti libéral du Québec. Les visages de Denis Coderre et Valérie Plante ont aussi défilé durant ce montage amusant.
À la mémoire de deux géants
Enfin, la soirée s’est terminée par un hommage bien senti à deux grands artistes décédés au cours de la dernière année. Jeanick Fournier et Véronique Claveau ont alors chanté en duo, Le temps est bon de Stéphane Venne. Puis, à la mémoire de Serge Fiori, Yann Perreau et Breen LeBoeuf ont uni leurs voix pour faire renaître Un musicien parmi tant d’autres. Ce n’est pas tous les soirs qu’on entend une pièce d’Harmonium interprétée par un chanteur d’Offenbach! Longue vie à La Nuit de la déprime!

6e édition de La Nuit de la déprime, au Théâtre St-Denis
La nuit de la déprime 2026
Animée par Christian Bégin
Mise en scène: Guy Lévesque
Au Théâtre St-Denis, le 26 janvier 2026
*Photos fournies par Les Agents Doubles Productions

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