Le Comte de Monte-Cristo: une production magistrale griffée Denoncourt!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

L’audacieux Serge Denoncourt réussit son pari avec l’adaptation théâtrale du roman culte d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo. Le personnage central de ce monument de la littérature est incarné par l’impeccable Mikhaïl Ahooja qui devient le redoutable Edmond Dantès, entouré par une distribution de haut vol, réunissant dix-sept interprètes.

À travers des répliques ponctuées d’humour, cette colossale histoire de vengeance se déroule dans un environnement visuel enchanteur! D’ingénieux décors mobiles et de somptueuses projections nous entraînent dans une trentaine de lieux, durant ce spectacle d’une durée de trois heures, en plus d’un entracte.

Le Comte de Monte-Cristo, dans une mise en scène de Serge Denoncourt.

Condamné sans procès

Même si elle se déroule au XIXe siècle, l’histoire du Comte de Monte-Cristo nourrit des réflexions sur notre époque, où plusieurs sont condamnés, avant même l’ouverture de leur procès.

Le jeune marin Dantès qui débarque à Marseille pour épouser sa bien-aimée Mercédès, verra sa vie basculer. Dénoncé par des « amis » jaloux comme étant un conspirateur du clan de Bonaparte, il sera enfermé dans un cachot, au large de Marseille. Après 14 années de réclusion, il réussit à s’évader et à s’emparer d’un trésor qu’il découvre sur l’île de Montecristo, à la suite de révélations d’un codétenu.

C’est alors que Dantès, devenu riche et puissant, se fait passer pour divers personnages, dont le Comte de Monte-Cristo, pour se venger de ceux qui l’ont accusé à tort et fait emprisonner.

Au-delà de la vengeance

Le Dantès porté par Mikhaïl Ahooja n’est pas bêtement vengeur. Même s’il fait parfois preuve d’une grande cruauté, en plus de se montrer habile dans un palpitant combat à l’épée, cet homme profondément blessé est aussi habité par une quête de paix intérieure.

Mélissa Désormeaux-Poulin et Mikhaïl Ahooja dans Le Comte de Monte-Cristo.

À ses côtés, on remarque, entre autres, Mélissa Désormeaux-Poulin, d’une grande justesse en Mercédès; on sent les tiraillements de cette femme qui, après l’arrestation de son amoureux Dantès, a épousé un autre homme et est devenue comtesse.

Maxime Denommée brille dans le rôle du procureur qui a envoyé injustement Dantès en prison, alors que Paul Doucet nous fait souvent rire à travers l’esprit vif de Noirtier de Villefort, un vieillard qui se déplace en fauteuil roulant.

La pièce Le Comte de Monte-Cristo est présentée à la salle Pierre-Mercure.

Fidèle à ses habitudes, Serge Denoncourt signe une mise en scène axée sur l’émotion et le texte, qu’il adapte pour le rendre plus accessible, sans pour autant dénaturer ce classique.

Aurait-on pu élaguer durant la première partie qui dure deux heures? Peut-être, mais nous n’en n’avons pas moins été captivés par ce récit intense. Après l’entracte, la dernière heure du spectacle passe comme un éclair tellement il y a de rebondissements, alors que Dantès règle ses comptes. On s’étonne toutefois que l’apparence de ce dernier demeure inchangée, comme s’il n’avait pas vieilli, durant sa quinzaine d’années en captivité.

De Marseille à Paris

La magie de ce spectacle repose aussi sur son environnement visuel. Outre les magnifiques costumes de Pierre-Guy Lapointe, on s’incline devant la scénographie de Guillaume Lord et la conception et réalisation vidéo de Félix Fradet-Faguy.

Grâce à deux structures modulaires qui glissent sur des rails, on transforme rapidement le décor en fonction des lieux où se déroule l’action.

Quant aux projections vidéo, elles prolongent l’espace scénique, à travers deux écrans disposés de chaque côté de la scène et d’un troisième en arrière-plan. Inspirées de peintures et de représentations historiques du XIXe siècle, ces images évoquent l’atmosphère et l’émotion de chaque scène.

On transporte ainsi le public de Marseille à Paris, en passant par les palais et autres lieux traversés par Edmond Dantès.

La musique de Philip Pinsky contribue à l’enchaînement harmonieux des scènes, tout en accentuant le caractère cinématographique de ce spectacle.

Mikhaïl Ahooja et Madeleine Sarr dans Le Comte de Monte-Cristo.

Alors que nos théâtres subventionnés ne présentent pratiquement plus ce genre de pièces d’envergure du répertoire classique qu’on dit trop coûteuses, il est remarquable que Les Agents Doubles arrivent à relever un tel défi. Une fois de plus, les productrices Luce et Lucie Rozon démontrent qu’elles n’ont pas froid aux yeux en nous offrant assurément l’une des productions théâtrales montréalaises majeures de l’année 2026.

La pièce Le Comte de Monte-Cristo est à l’affiche à la salle Pierre-Mercure, à Montréal, jusqu’au 23 août. Elle sera ensuite présentée à la salle Odyssée de Gatineau du 28 au 30 août, puis à la salle Albert-Rousseau, à Québec, du 16 au 19 septembre.

*Photos fournies par Agents Doubles Productions.

Commentaires

Une réponse à « Le Comte de Monte-Cristo: une production magistrale griffée Denoncourt! »

  1. Avatar de Jean-Paul Coulombe
    Jean-Paul Coulombe

    Quelle production exceptionnelle!
    Félicitations aux productrices et à Serge Denoncourt pour ce spectacle de classe internationale.

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