Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
L’effervescence qui régnait, mercredi soir, à la Maison symphonique, rappelait celle des grands concerts pop les plus attendus et Lang Lang fut à la hauteur des attentes. La superstar chinoise a livré une interprétation physique et passionnée du Concerto pour piano nº 5 « L’Empereur » de Beethoven. Entre une gestuelle d’une ampleur théâtrale et ses coups de talon marquant le tempo sur la scène, le musicien a offert une performance spectaculaire, portée par une complicité évidente avec le maestro Rafael Payare.

Lang Lang et Rafael Payare à la Maison symphonique / Crédit: Antoine Saito
Au-delà de son exubérance, c’est la maîtrise technique époustouflante du pianiste de 44 ans qui a frappé les esprits. Là où certains critiques lui reprochent parfois de sacrifier la rigueur allemande au profit de l’ostentation, force est de constater que son énergie volcanique colle à merveille au caractère héroïque du concerto de Beethoven.
Loin d’être agacée par ses accents abrupts destinés à dramatiser le jeu, la foule était captivée, du début à la fin de cette œuvre d’une quarantaine de minutes. L’auditoire semblait retenir son souffle devant les phrasés très contrastés du virtuose, alors que son jeu s’est fait tour à tour impitoyable et d’une tendresse inouïe, notamment dans l’Adagio où le temps semblait s’être arrêté.
Pour une bonne partie du public, il y avait quelque chose d’irréel à voir en chair et en os, ce monstre sacré qui a marqué l’ouverture des Jeux olympiques d’été de Pékin, en 2008, lors d’une cérémonie suivie par plus d’un milliard de personnes. Quant aux plus jeunes qui ont sans doute découvert le pianiste, en février dernier, aux JO d’hiver de Milan, ils étaient nombreux à la Maison symphonique. Plusieurs d’entre eux voyaient, vraisemblablement, pour la première fois en personne cette icône qui n’avait pas partagé la scène avec l’OSM depuis plus d’une décennie.
Pourtant, comme pour faire contrepoids à son image de célébrité planétaire presque intimidante, le visiteur s’est montré amical avec ses partenaires de scène. En plus de multiplier les gestes d’appréciation envers les musiciens de l’OSM, le soliste a partagé plusieurs accolades avec le maestro Rafael Payare.
Néophytes ou non, les spectateurs ont applaudi entre les mouvements du concerto et ils ont continué de le faire durant l’œuvre programmée après l’entracte.
Cela dit, au grand bonheur du public conquis par « L’Empereur », Lang Lang a offert deux bis: Consolation n° 2 de Liszt, suivie de Danse rituelle du feu, une pièce de Manuel de Falla qui a subjugué les mélomanes!

Lang Lang à la Maison symphonique / Crédit: Antoine Saito
Pour commencer la soirée, l’OSM a d’abord interprété une pièce de la compositrice allemande Emilie Mayer, surnommée le « Beethoven féminin ». Son Ouverture nº 2, écrite en 1850 — un peu plus de 20 ans après la mort du grand Ludwig —, est une élégante partition d’une dizaine de minutes, mais on se demande en quoi réside l’originalité de cette musique. À ce sujet, deux de mes voisines ont murmuré à maintes reprises qu’il s’agissait sûrement d’une œuvre de Beethoven et qu’il y avait visiblement une erreur sur le programme!
Inutile de dire qu’on a vite oublié cette entrée en matière sans surprise avec l’arrivée de la performance électrisante du roi de la soirée que nous venons de décrire.
Un grand frisson symphonique!
Heureusement, le public est resté après la prestation de Lang Lang, alors que ce concert nous réservait une deuxième partie de haut vol.
Après l’entracte, Rafael Payare a pris les commandes pour une Symphonie nº 2 de Sibelius d’une grande intensité! Rappelons que cette œuvre, créée en 1902, a consolidé la renommée du compositeur finlandais comme un héros national.
Entre autres, les premier et dernier mouvements de l’opus 43, souvent qualifiés d’héroïques, avaient fait vibrer le public finlandais, au cours d’une période sombre marquée par l’oppression russe.
Débordant d’énergie, le chef vénézuélien a mené ses troupes avec une discipline sans faille. Le public est demeuré attentif tout au long de ce voyage musical d’un peu plus de 40 minutes. On aurait pu entendre une mouche voler, notamment durant le pizzicato des violoncelles qui ouvre le deuxième mouvement.
Bref, cette foule venue pour Lang Lang s’est aussi laissée emporter par le langage symphonique universel de Sibelius.
Programme de la soirée
Mayer : Ouverture n° 2 en ré majeur | Beethoven : Concerto pour piano n° 5 | Sibelius : Symphonie n° 2. Lang Lang (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare (direction). Maison symphonique, mercredi 23 septembre 2026.

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