«Les Belles-Soeurs symphonique»: un party de cuisine de grand luxe!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Près de 60 ans après la création de la pièce Les Belles-sœurs de Michel Tremblay, ces personnages colorés s’offrent une flamboyante virée symphonique, à la Place des Arts, cette semaine. Marie Denise Pelletier, Luce Dufault, Natalie Choquette et Joe Bocan sont de celles qui brillent dans ce concert très théâtral, mis en scène par Lorraine Pintal. Il n’y a pas de dialogues mais, on a créé de toute pièce le «Maître de cérémonie», incarné par Simon Boulerice qui guide les spectateurs avec doigté dans cet univers à la fois humoristique et dramatique.

Quant aux chansons, créées en 2010 pour le théâtre musical Belles-Soeurs, de René Richard Cyr et Daniel Bélanger, elles sont habillées de somptueux arrangements symphoniques et vocaux de Simon Leclerc. Autrement dit, le discours des Belles-sœurs résonne comme on ne l’avait encore jamais entendu!

Une histoire racontée en chansons

D’entrée de jeu, Simon Boulerice résume avec délicatesse l’enfance de Michel Tremblay dont l’imaginaire a été transformé par la lecture du roman Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy.

Marie Denise Pelletier incarne Germaine Lauzon, personnage central de l’oeuvre

Puis, on entre dans la cuisine de Germaine Lauzon (Marie Denise Pelletier), figure principale du spectacle, qui vient de gagner un million de timbres GoldStar, lui permettant de se procurer divers objets présentés dans le catalogue de cette compagnie.

Puisqu’il faut coller tous ces timbres dans des cahiers avant de les échanger contre des cadeaux, l’heureuse gagnante convie des amies à un «party de collage de timbres». Cependant, l’atmosphère dégénère rapidement car, les invitées ne se gênent pas pour voler des timbres à Germaine.

Marie-Michèle Desrosiers, Kathleen Fortin et Joe Bocan dans Les Belles-Soeurs symphonique

Ces péripéties sont racontées à travers plusieurs chansons accrocheuses dont Gratis où l’on découvre la subtilité des riches harmonies vocales conçues par Simon Leclerc pour les 14 chanteuses réunies.

Dorothée Berryman (Yvette Longpré) interprète La Noce, une hilarante énumération des noms des invités d’un mariage. Joe Bocan (Gabrielle Jodoin) lance avec désinvolture, J’ai-tu l’air de que’qu’un qui a déjà gagné que’qu’chose?

Simon Boulerice en «Maître de cérémonie» dans Les Belles-Soeurs symphonique

Fidèle à ses habitudes, Natalie Choquette surjoue son personnage de femme snob et condescendante, mais le public rit à gorge déployée!

Dans un tout autre registre, Kathleen Fortin (Des-Neiges Vermette) est touchante dans la douce-amère, Mon vendeur de brosse.

Le ton et les nuances de chaque titre se reflètent dans de fines partitions interprétées par l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, sous la direction de Dina Gilbert.

Certains morceaux sont moins éclatants. Maudite vie plate, par exemple, a un effet éteignoir! Heureusement, l’énergie communicative des interprètes insuffle un dynamisme sans faille à ce concert où les paroles sont accompagnées de gestes pertinents et de quelques pas de danse imaginés par la chorégraphe Stéphanie Formentin.

L’imposante distribution multigénérationnelle qui réunit également Marie-Michèle Desrosiers, Catherine Major, Lulu Hughes, Laetitia Isambert-Denis, Judi Richards, Lunou Zucchini et Louise Latraverse est présente sur scène du début à la fin de ce spectacle d’environ 70 minutes.

Montée dramatique

Le ton devient carrément dramatique vers la fin de cette œuvre que la metteure en scène Lorraine Pintal a pourtant décrit, comme étant «un party de filles», raconté avec «la poésie de Tremblay». Crisse de Johnny, interprétée avec rage par Luce Dufault, révèle le grand désarroi de Pierrette Guérin, fille de club rejetée par ses soeurs. Quant à Renee Wilkin (Rose Ouimet), elle exprime son désespoir à travers les mots crus de Maudit cul, sombre portrait du devoir conjugal.

Luce Dufault se glisse dans la peau de Pierrette Guérin, fille de club rejetée par ses soeurs

Bref, ces personnages emblématiques du monde de Tremblay renaissent dans un écrin qui s’annonce comme un soir de gala mais, l’envers du décor ne tarde pas à reprendre ses droits. La dimension symphonique de ce concert lui confère une solennité qui magnifie les belles-soeurs sans les dénaturer. Bien joué!

Michel Tremblay manifeste sa gratitude à Marie Denise Pelletier, lors de la première de Belles-Soeurs symphonique

Les Belles-Soeurs symphonique est présenté avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, dirigé par Dina Gilbert, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, jusqu’au 2 août.

Le spectacle prendra ensuite l’affiche au Grand Théâtre de Québec les 28, 29 et 30 août, avec l’Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de Dina Gilbert.

Crédits : Danahée Plouffe-Dubé / GSI Musique

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