«Les Incouchables»: l’univers poétique de Daniel Bélanger magnifié par le Cirque du Soleil

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Les insomniaques s’amusent dans un univers à la fois spectaculaire et poétique, dans Les Incouchables du Cirque du Soleil! Le dispositif scénique flanqué d’une immense surface d’une trentaine de pieds de diamètre, suspendue au plafond, permet de refléter en partie ce qui se passe sur scène, comme si on entrait dans un rêve où certaines images se dédoublent.

Sans tomber dans l’illustration des chansons, chaque numéro colle à la poésie de Daniel Bélanger, dont les musiques ont été réarrangées avec brio par Jean-Philippe Goncalves. D’une grande douceur, ce spectacle puise notamment dans les albums Rêver mieux, Quatre saisons dans le désordre et Les insomniaques s’amusent.

Folie douce

D’entrée de jeu, le public est entraîné dans une escapade durant une nuit d’insomnie, où le personnage de l’Homme Qui-ne-dort-pas nous accueille dans son lit. Au son de la chanson Opium, un acrobate se lance alors dans un numéro d’équilibre sur sangle et suspension capillaire. Une douzaine de danseurs le rejoignent sur scène et envahissent le lit!

Puis, ce rêve fou se poursuit sur les ailes du tube Intouchable et immortel avec trois virtuoses de la roue Cyr. Leurs prouesses captivantes nous apparaissent simultanément sous un autre angle, grâce au grand miroir placé en hauteur du côté droit de la scène.

Puis, on retient son souffle devant un numéro de cadre aérien vertigineux, accompagné de danseurs au sol, au rythme de l’envoûtante Les deux printemps dans des arrangements somptueux! Force physique et grâce s’unissent également au son de Sèche tes pleurs pour une éblouissante démonstration de planche russe.

À mon sens, l’un des tableaux marquants de cette soirée est celui où la jonglerie met en lumière le bouillonnement intérieur de Sortez-moi de moi. Quatre acrobates s’échangent des balles rebonds dans une structure transparente avec une précision qui colle au rythme de cette chanson effervescente! Frissons, malgré la chaleur accablante!

Enfin, la première partie du spectacle se termine avec Rêver mieux qui donne lieu, notamment, à une fougueuse bataille d’oreillers. On a littéralement l’impression d’être suspendu entre le rêve et la réalité, alors que des ballons géants sortent du cadre scénique et viennent flotter au-dessus des spectateurs. Éblouissant!

Après l’entracte, la chanson Le parapluie prend son envol avec deux acrobates qui se balancent sur leur trapèze. Elles nous donnent des sueurs froides en se lançant, soudainement, carrément dans le vide, avant de rattraper la corde de sécurité qui les retient.

Puis, un autre des temps forts de la soirée se produit au son de la poignante Dis tout sans rien dire. Un acrobate en équilibre sur cannes oscillantes à une hauteur vertigineuse se contorsionne pendant que la belle voix de Bélanger chante «Dis pas surtout Combien j’ai peur?»

Vers la fin du numéro, la musique s’arrête et on est littéralement sur le bout de son siège à regarder cet homme dont l’équilibre pourrait se rompre à tout moment. Après plusieurs secondes de suspense silencieux, la voix rassurante de Daniel conclut en chantant: «En silence, sans rien dire». Voilà un moment de remarquable symbiose entre la poésie et le cirque! Au-delà des prouesses, l’émotion nous atteint droit au cœur!

Voyage dans le temps

Au début du tableau suivant, un camion entre en scène. Ses passagers s’arrêtent et écoutent la radio, où l’on fait justement jouer des extraits de chansons de l’artiste à qui on rend hommage.

On change de poste et de courts bulletins de nouvelles nous font voyager dans le temps et réaliser que la musique de Bélanger est présente dans nos vie depuis plus de trois décennies.

À un certain moment, on reconnaît la voix de Claude Rajotte qui fait la critique d’un album de Bélanger, dans les années 90. Lorsque le véhicule s’avance, on remarque que c’est le lit qui fait office de boîte arrière du camion. Autant dire que la scénographie de Geneviève Lizotte et la mise en scène de Marie-Ève Milot font corps avec l’univers poétique et humoristique du roi de la soirée.

Le cinéma de Bélanger

Les nombreux mélomanes qui ont apprécié l’album instrumental Travelling sont choyés. Plusieurs pièces de cet opus sont jouées, accompagnées par une présentation visuelle sur écran qui nous entraîne dans un univers cinématographique vieillot en noir et blanc. Au centre de la scène, un réverbère permet à des acrobates de briller dans des figures à la verticale, à l’horizontale et même à la diagonale!

Pour terminer la soirée, huit acrobates se relaient sur une planche coréenne au son de la rassembleuse Chante encore.

En résumé Les Incouchables se démarque pas sa scénographie qui évoque l’univers intergalactique des personnages peuplant les chansons de Daniel Bélanger et leurs joyeuses divagations. Le spectacle a un rythme de croisière à l’image de la personnalité décontractée de cet artiste tant aimé. Musicalement, les réarrangements sont des bijoux concoctés par Goncalves, un habitué de la Série hommage du Cirque du Soleil où on a célébré, au fil des ans, Beau Dommage, Robert Charlebois et Luc Plamondon.

Il ne faut pas s’attendre à l’énergie rock et à l’insolence qui régnait, l’an dernier, pour l’hommage à RBO. Cela dit, Les Incouchables mettent en lumière la poésie de Bélanger comme on ne l’avait encore jamais vue!

Le spectacle Les Incouchables du Cirque du Soleil, en hommage à Daniel Bélanger, est à l’affiche à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, jusqu’au 16 août 2025.

*Photos fournies par le Cirque du Soleil

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *