Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
La version parisienne des Misérables, qui a été couronnée du prix Molière du meilleur spectacle musical en 2025, fait sensation au Théâtre St-Denis où on a d’ailleurs ajouté 12 représentations supplémentaires.
Présentée pour la première fois hors de la France, cette mise en scène de Ladislas Chollat réunit plus de 30 interprètes presque tous Québécois, en plus d’une quinzaine de musiciens.
Outre la qualité des chanteurs et la beauté des projections qui magnifient les décors, on est tout de suite séduit par la clarté des textes de cette adaptation de la comédie musicale basée sur le célèbre roman de Victor Hugo.

Alex Gaumont dans le rôle de Jean Valjean / Crédit: Martin Girard
Le français retrouve ses droits
Ce spectacle dont les paroles sont d’Alain Boublil et la musique de Claude-Michel Schönberg a d’abord vu le jour en France en 1980, mais c’est après son adaptation anglaise, créée à Londres en 1985, qu’est arrivée la renommée internationale. Les Misérables a ensuite été traduite en 22 langues et elle a attiré quelque 130 millions de spectateurs dans une cinquantaine de pays.
Une nouvelle production en français avait été présentée en France et au Québec, en 1991, puis reprise en 2008. Mais, le parolier Boublil n’en n’était pas pleinement satisfait. Plus de 30 ans plus tard, il nous offre une réécriture limpide! Même dans les numéros de groupe, où les paroles s’enchaînent à vive allure, elles restent toujours bien distinctes!
Plus encore, on a beau avoir maintes fois écouté avec plaisir les chansons des Misérables en anglais, on ne peut nier que le français ajoute de la crédibilité à ce manifeste humaniste ancré dans la France du XIXe siècle.
L’art de la nuance
Le Montréalais d’origine, Alex Gaumond, qui a surtout fait carrière à Londres, est magistral dans le rôle de Jean Valjean, libéré après dix-neuf ans de travaux forcés, dont cinq pour avoir volé un pain. Malgré sa volonté de refaire sa vie, son passé de forçat lui vaut d’être rejeté partout.
En plus de sa voix puissante et souple, Gaumond réussit à nous faire ressentir son désarroi sans l’étaler à outrance. Son personnage exprime ses tiraillements avec une retenue touchante, alors qu’il est pourchassé par le policier Javert, incarné par Dominique Côté. Ce baryton expérimenté qui s’est illustré, entre autres, dans Starmania symphonique et Nelligan, est lui aussi un interprète nuancé et sa version de Sous les étoiles est l’un des plus beaux moments de la soirée!

Dominique Côté dans le rôle de Javert / Crédit: Martin Girard
Pour sa part, Klara Martel-Laroche qu’on a vu à l’émission Quel talent! se glisse dans la peau de Fantine, une jeune ouvrière sans le sou qui vit une véritable descente aux enfers. Diplômée du Conservatoire de musique de Montréal en chant lyrique, l’interprète est particulièrement convaincante dans le classique J’avais rêvé.
On a vu juste, également, en choisissant Roger La Rue et Debbie Lynch-White; ils sont désopilants en Monsieur et Madame Thénardier, aubergistes sans scrupule. Avec ses costumes flamboyants, l’interprète de «La Bolduc» brille à chacune de ses apparitions! Son humour noir apporte une touche de légèreté dans cette triste histoire d’injustice sociale et de fatalité.

Au centre: Debbie Lynch-White, en Mme Thénardier / Crédit: Martin Girard
Quant au seul Français de la distribution, Stanley Kassa, il est irréprochable en Enjolras, chef révolutionnaire qui entonne des chants de ralliement comme À la volonté du peuple.
Un décor en constante évolution
Visuellement, on est continuellement fasciné par les projections énigmatiques de Cutback d’où émanent certaines lueurs. On dirait parfois des eaux fortes évoquant des lieux inquiétants. Le metteur en scène Chollat m’a d’ailleurs précisé en entrevue que ces effets visuels étaient inspirés d’une gravure de Gustave Doré illustrant l’Enfer de Dante.
Ce décor en constante évolution bénéficie de l’ingénieuse scénographie d’Emmanuelle Roy, où des modules sur roulettes permettent de déplacer rapidement un ensemble de pièces reflétant la dure réalité sociale de l’époque.
Il faut aussi souligner que dans ce spectacle sombre, la couleur émane essentiellement des costumes du Français Jean-Daniel Vuillermoz.
Cela dit, l’imposante distribution des Misérables semble parfois à l’étroit sur la scène du St-Denis. Quant aux chorégraphies, elles gagneront assurément en précision au fil des représentations mais, évidemment, il ne faut pas s’attendre aux ambiances festives auxquelles Juste pour rire nous a habitué avec, entre autres, Mary Poppins et Mamma Mia !
Dans un tout autre registre, Les Misérables demeure d’une grande pertinence en explorant la quête de liberté, tout en dénonçant l’injustice et les fossés entre les classes sociales. Enfin, la beauté et la puissance émotionnelle des mélodies de Claude-Michel Schönberg demeurent les piliers de ce succès planétaire!

Les Misérables, mise en scène de Ladislas Chollat / Crédit: Martin Girard
La comédie musicale Les Misérables est à l’affiche au Théâtre St-Denis de Montréal jusqu’au 25 juillet, puis au Grand Théâtre de Québec à compter du 7 août.

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