Les Songes d’une nuit d’été de Guillaume Côté : un hymne à l’amour fluide

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Une véritable féérie s’est emparée de la salle Wilfrid-Pelletier, jeudi soir, lors de la première mondiale du ballet Les Songes d’une nuit d’été, de l’ex-danseur étoile Guillaume Côté. Le chorégraphe revisite la célèbre comédie de Shakespeare avec une audace et une modernité qui collent à notre époque, transformant le mariage d’Hermia et Démétrius en un hymne à l’amour fluide et non hétéronormatif.

Enthousiasmé par une trame sonore d’une richesse inouïe – où Mendelssohn et Strauss côtoient l’électro –, le public a plongé avec délice dans cet univers fantasmagorique. Retour sur une soirée magique avec les Grands Ballets.

Un chassé-croisé amoureux libéré des conventions

Dès l’entrée dans la salle, notre attention est attirée par une sorte de hublot qui apparaît sur le rideau de scène encore fermé. On y aperçoit de longues herbes et quelques fleurs; ce prélude visuel nous plonge d’emblée dans une ambiance onirique.

Puis, lorsque le rideau s’ouvre, la fascinante scénographie de Michael Gianfrancesco et les sublimes éclairages de Sonoyo Nishikawa prolongent magnifiquement cet effet. Plusieurs îlots d’herbes hautes et de fleurs sauvages sont dispersés sur la scène. Au fil de la soirée, ces éléments sont déplacés par les danseurs eux-mêmes, d’une façon si naturelle et si bien intégrée à la chorégraphie qu’on n’a nullement l’impression d’assister à un changement de décor.

C’est donc dans cet écrin mouvant que s’installe l’action. Le mariage d’Hermia et Démétrius devient le point de ralliement de toute une communauté, dans le monde magique de Titania et Oberon, les parents d’Hermia.

Une scène des Songes d’une nuit d’été, chorégraphie de Guillaume Côté

Que l’on connaisse ou non ce classique du XVIe siècle, on comprend vite que l’action sera bousculée par l’apparition d’une fleur magique : quiconque goûte à son nectar tombe amoureux de la première personne qu’il aperçoit à son réveil.

Dans cette forêt enchantée revue par Guillaume Côté, les flèches de Cupidon suivent des trajectoires inédites. Autour du couple central, les amours des uns et des unes s’expriment en toute liberté, s’affranchissant progressivement des conventions.

Sous l’effet de cette légèreté, les certitudes vacillent et les frontières s’estompent, si bien que cette audace affective finit par déteindre sur Hermia et Démétrius eux-mêmes.

Quand le geste se fusionne avec la musique

À travers d’imposants numéros réunissant plusieurs danseurs, ainsi que des duos et des solos, les nombreux rebondissements de cette histoire dansée nous font sourire et parfois rire, surtout durant le premier acte. Au gré des rythmes, la chorégraphie allie le ballet classique à des élans plus contemporains.

Pour porter cette vision plurielle de l’amour, Guillaume Côté a créé neuf rôles principaux. On a d’ailleurs assisté à des performances électrisantes, en dépit de la nervosité inhérente à un soir de première d’une telle envergure.

En plus de la qualité du synchronisme du corps de ballet dans son ensemble, on est envoûté par l’aisance de Kiara Felder dans son personnage de Maya, guérisseuse et guide spirituelle. Maude Sabourin insuffle une majesté impériale à Titania aux côtés d’un Célestin Boutin (Ethan) d’une présence scénique magnétique.

Thomas Leprohon (Obéron) et Maude Sabourin (Titania) dans Les Songes d’une nuit d’été.

La musique constitue sans conteste l’un des piliers de ce spectacle. Guillaume Côté puise principalement dans le répertoire de Felix Mendelssohn, intégrant des extraits de certaines de ses symphonies en plus de revisiter la célébrissime Marche nuptiale. À ce socle romantique s’ajoutent de savoureux clins d’œil, allant d’un extrait du Beau Danube bleu de Johann Strauss II à une élégante pièce d’Erik Satie, magnifiée par l’orchestration de Claude Debussy.

Mais, à mon sens, la grande surprise dans cette trame sonore est l’intégration d’une pièce électro composée par le Montréalais Tommy Lunaire; ce morceau devient un écho percutant de l’absurdité du rêve qui culmine dans un summum chaotique.

Pour porter ce riche collage sonore, l’Orchestre des Grands Ballets — fort d’une cinquantaine de musiciens — livre une performance de bonne tenue sous la direction dynamique de Dina Gilbert.

Que reste-t-il de nos amours ?

Si le premier acte se déploie dans une effervescence souvent cocasse, la deuxième partie du spectacle nous plonge dans un tout autre environnement visuel. L’atmosphère se fait plus sombre, mais hautement poétique, révélant un plateau sublimé par la présence de superbes lucioles et de fleurs surdimensionnées. On voit aussi apparaître une inquiétante créature insectoïde issue de l’imagination foisonnante du concepteur de marionnettes, Patrick Martel.

Des métamorphoses scéniques, oscillant entre le merveilleux et l’étrange, teintent l’acte II d’une profonde nostalgie. On a ainsi le sentiment de vivre la conclusion d’un conte philosophique dont la question centrale résonne bien après la fermeture du rideau : que devient l’amour avec le temps ? Conquis, le public de la première a longuement ovationné ce spectacle de haut calibre au potentiel international indéniable.

Les Songes d’une nuit d’été
  • Chorégraphe : Guillaume Côté
  • Compagnie : Les Grands Ballets Canadiens
  • Montréal : Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à l’affiche jusqu’au 1er novembre 2026
  • Ottawa : Au Centre national des Arts (CNA), du 4 au 6 février 2027

Crédit photo: Sasha Onyshchenko

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