Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Près d’un an après la mort de Serge Fiori, l’un des rêves les plus chers des fidèles d’Harmonium se réalise enfin! Pour la toute première fois, L’Heptade, œuvre maîtresse de ce groupe culte, a été jouée dans son intégralité avec un orchestre symphonique et plusieurs membres du groupe, samedi soir au Théâtre St-Denis, où une deuxième représentation aura lieu, aujourd’hui 24 mai.
Souverains derrière leurs instruments respectifs, Monique Fauteux, Louis Valois, Serge Locat et Libert Subirana ont partagé la scène avec des musiciens de différentes générations dont la chanteuse et claviériste Julie Valois (fille de Louis Valois et de Monique Fauteux), la pianiste Maude Locat (fille de Serge Locat), ainsi que le guitariste Tony Chotem. C’est au père de ce dernier, le regretté compositeur et chef d’orchestre Neil Chotem, que l’on doit les arrangements de L’Heptade.
Les voix
Ce concert inespéré marquera sans doute un tournant dans la carrière d’Alexandre Désilets qui, sans chercher à imiter Fiori, réussit à faire revivre les mélodies emblématiques de L’Heptade, grâce à sa remarquable maîtrise vocale. C’est tout un défi que relève l’artiste originaire de l’Outaouais qui s’est distingué dès la parution, en 2008, de son premier album Escalader l’ivresse.
Même si on ne saisit pas tous les mots qu’il chante, l’agile Désilets se glisse à la fois avec intensité et humilité dans ce répertoire qui n’est pas à la portée de tous. Avec une certaine théâtralité empreinte de fragilité, l’interprète se déplace en divers endroits de la scène, dans une habile mise en espace d’Isabeau Proulx-Lemire et Denis Bouchard.
De son côté, Monique Fauteux nous a fait vivre des moments parmi les plus émouvants de la soirée, avec sa belle voix pratiquement inchangée, 50 ans après l’enregistrement de l’album L’Heptade. Dès ses premières notes jouées au Fender Rhodes, on a senti que la musicienne touchait à des cordes particulièrement sensibles dans l’assistance. En plus de reprendre Le Corridor, elle fait siennes des paroles que chantait Fiori dans Comme un sage, en plus d’assumer la direction du chœur impeccable réunissant Nancy Fortin, Martin Lacasse et Mathieu Lavoie.
Une cinquantaine d’artistes sur scène
Puis, on applaudit spontanément Serge Locat toujours bien droit, qui quitte momentanément ses claviers, pour venir s’installer au piano à queue, à l’avant-scène, tout près du public. Quant à Libert Subirana, il en impose avec un solo de saxophone qui se fond avec élégance à la somptueuse partition, auprès de l’orchestre du Festival Classica dirigé par Simon Fournier.
De son côté, Louis Valois, avec ses lignes de basses envoûtantes, est celui qui unit l’orchestre classique et la formation rock où l’on retrouve les rigoureux guitaristes Vincent Duhaime Perreault et Raphaël D’Amours ainsi que Robert Saint-Laurent, un batteur spectaculaire!
Tout ce beau monde bénéficie d’une sonorisation qui, sans être parfaite, est satisfaisante en ce soir de première. Quant aux éclairages conçus par Danny Harvey, ils reflètent avec doigté le côté aérien de certaines des pièces de ce prodigieux programme de plus de deux heures incluant un entracte.
Un projet approuvé par Fiori quelques mois avant sa mort
Par-dessus tout, il y a quelque chose de solennel à voir ces amis de longue date toujours aussi habités par leur musique, qui prend des allures de prière à la mémoire du grand disparu dont l’esprit demeure pourtant bien présent sur scène.
En fin de soirée, Louis Valois a brièvement pris la parole pour rappeler que Marc Boucher, directeur du Festival Classica, avait contacté Serge Fiori quelques mois avant sa mort, en 2025, pour lui proposer ce projet d’Heptade intégrale. Fiori qui ne donnait plus de spectacles depuis des années avait refusé mais, il a dit à son ami Valois: «Fais-le, toi. Fais-le pour le monde!»
Du même souffle, Louis Valois a ensuite invité Michel Normandeau, l’un des membres fondateurs du groupe qui assistait au spectacle, à venir joindre ses ex-collègues sur scène, à la surprise générale!
Ça fait du bien
En guise de rappel, on a eu droit à Ça fait du bien, un classique de Fiori-Séguin que la foule a chanté à pleins poumons.
Évidemment, tous les billets des deux concerts à l’affiche se sont envolés, aussitôt qu’ils ont été mis en vente. Compte tenu de ce succès éclatant, peut-on espérer, éventuellement, d’autres représentations de L’Heptade intégrale? Qui sait? Quoi qu’il en soit, on se souviendra de ce coup de maître de la part du Festival Classica dont la 16e édition se poursuit jusqu’au 14 juin. Détails de la programmation, ici.
*Sur la photo, de gauche à droite: Serge Locat, Libert Subirana, Louis Valois, Michel Normandeau et Monique Fauteux / Crédit: Marc-Yvan Coulombe
Publié à 3h 44 am, le 24 mai 2026.

Laisser un commentaire