Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Dans le cadre du 60ᵉ anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec, l’Orchestre de l’Agora présente un concert d’œuvres québécoises réunissant des pièces des regrettés Jacques Hétu et Claude Vivier, ainsi que des créations signées Alexandre David et Maggie Ayotte, deux compositeurs trentenaires.
Le 21 mars, à la salle Pierre-Mercure, cet ambitieux programme sera dirigé par Benoit Gauthier, fondateur de l’Orchestre symphonique de la Côte-Nord.
Entretien avec un jeune chef d’orchestre fébrile à l’approche de cette soirée axée sur le dialogue intergénérationnel, entre la musique contemporaine d’hier et d’aujourd’hui.
De Chute-aux-Outardes à Philadelphie
Né à Chute-aux-Outardes, non loin de Baie-Comeau, Benoit Gauthier n’avait que 16 ans, lorsqu’il a fondé, en 2012, l’Orchestre symphonique de la Côte-Nord, dans cette région où il n’y avait alors aucun orchestre. «Mon but était de rendre la musique classique accessible à tous et aussi d’aider les musiciens locaux à se produire en concert». Le Nord-Côtier est d’ailleurs toujours directeur artistique de l’OSCN, même si beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis cette époque.
Benoit Gauthier est maintenant diplômé du Curtis Institute of Music de Philadelphie, où il s’est perfectionné auprès de musiciens et pédagogues de renommée internationale, dont Yannick Nézet-Séguin et Ford Mylius Lallerstedt.
Titulaire d’un double diplôme en flûte traversière et en direction d’orchestre du Conservatoire de musique de Québec, il a notamment dirigé l’Orchestre Métropolitain, le Curtis Symphony Orchestra et l’orchestre de la Berlin Opera Academy. En 2024, il a reçu le prix Jean-Marie-Beaudet en direction d’orchestre, décerné par le Conseil des arts du Canada.
Soir de plusieurs premières
Habitué à travailler à la création d’œuvres originales, le musicien se réjouit de poursuivre sa route «hors des sentiers battus», en dirigeant ce concert en hommage à la SMCQ, intitulé: «Des classiques aux créations».
Chose certaine, le maestro y vivra plusieurs premières. Non seulement il dirigera deux créations, mais ce sera aussi la première fois qu’il sera à la barre de l’Orchestre de l’Agora fondé par Nicolas Ellis. «J’ai une bonne relation avec Nicolas, depuis plusieurs années. Il m’a donné des cours à l’époque où il était chef-assistant à l’OSQ.»
C’est donc une nouvelle génération de musiciens qui sera mise en lumière avec l’OA et les solistes Thomas Beard (violoncelle), Noémie Caron-Marcotte (flûte) et Marina Thibeault (alto).
Si le programme peut sembler éclectique, Benoit Gauthier se promet de prendre la parole, à l’occasion, pour guider le public dans ce voyage musical «costaud» qui commencera avec le Rondo pour violoncelle et orchestre à cordes, composé par Hétu, en 1965. «C’est du vrai Jacques Hétu! On a l’impression de regarder sa musique à travers un prisme de couleurs. On est parfois déstabilisé mais il y a toujours un thème qui revient.»
Suivra la pièce Clochette, créée par Maggie Ayotte, une compositrice originaire du Lac-Saint-Jean qui s’est installée à Montréal en 2012 pour étudier le piano, puis la composition sous la tutelle d’Ana Sokolović et François-Hugues Leclair. Il s’agit d’un conte sonore dans lequel la soliste Noémie Caron-Marcotte, piccolo en main, offre une performance entre musique et théâtre. «C’est un langage très descriptif qui fait revivre la fée Clochette avec humour. La structure de l’œuvre s’apparente à celle de L’Histoire du soldat de Stravinsky.»
Le dialogue intergénérationnel se poursuivra avec Et je reverrai cette ville étrange, écrite par Claude Vivier, en 1981. «Cette partition pour six instruments peut être jouée sans chef d’orchestre mais, je vais tout de même la diriger dans le but d’aider les musiciens à se concentrer sur leur interprétation.»
Pour terminer, les 25 musiciens de l’Orchestre se joindront à Marina Thibeault pour la création du Concerto pour alto solo et orchestre, erre, d’Alexandre David, lauréat du prix Découverte de l’année aux prix Opus, en 2026. Inspirée par les compositeurs Rodolphe Mathieu (1890-1962), Claude Vivier (1948-1983) et Gilles Tremblay (1932-2017), «cette œuvre est une exploration sonore en hommage à ces compositeurs.»

Ce concert d’une heure sans entracte s’inscrit dans la série hommage de la SMCQ, fondée en 1966 et qui a été la première organisation du pays à se consacrer à la diffusion de la musique contemporaine pour faire connaître les compositeurs d’ici et d’ailleurs. Elle a connu cinq directions artistiques: Serge Garant (1966-1986), Gilles Tremblay (1986-1988), Walter Boudreau (1988-2022), Ana Sokolović (2022-2023) et maintenant Simon Bertrand.
Des classiques aux créations
Oeuvres de Jacques Hétu et Claude Vivier, ainsi que deux créations signées par Alexandre David et Maggie Ayotte.
Avec l’Orchestre de l’Agora, dirigé par le chef invité Benoît Gauthier. Solistes: Marina Thibeault, Thomas Beard et Noémie Caron-Marcotte.
Salle Pierre-Mercure, le 21 mars, à 19h 30
Photo d’accueil : Benoit Gauthier / Crédit : Margo Reed Studio

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