Macbeth chez les motards: Robert Lepage réussit son pari

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

La tragédie de Shakespeare, Macbeth, revisitée par Robert Lepage, transpose la soif du pouvoir et la barbarie des clans écossais du 11e siècle, dans l’univers impitoyable des motards. Ce spectacle, qui a été présenté en anglais au festival Stratford, en Ontario, l’an dernier, s’installe au TNM dans une traduction québécoise du regretté Michel Garneau.

Alexandre Goyette dans le rôle-titre et Violette Chauveau en Lady Macbeth incarnent des personnages à la fois cruels et fragiles, dans un univers inquiétant où le château de l’Écosse médiévale est remplacé par un motel typiquement nord-américain. De véritables motos traversent fréquemment la scène et des surfaces miroitantes laissent entrevoir, entre autres, des dizaines de motocyclistes prêts pour un affrontement!

Bref, le grand patron de la compagnie Ex Machina réussit à tenir en haleine, durant près de trois heures, un public qui est vraisemblablement toujours fasciné par la guerre des motards.

Du théâtre cinématographique

Alexandre Goyette et Violette Chauveau dans Macbeth / Crédit: Yves Renaud

Ce spectacle met tout en œuvre pour qu’on ait l’impression d’épier le monde des motards, avec leurs biceps et tatouages mis en évidence, leurs vêtements de cuir ou leurs chemises à carreaux. Malgré leurs allures de durs à cuire, les protagonistes semblent constamment sur leurs gardes, que ce soit dans les chambres, salles de bains ou balcons de ce motel comme on en voit en bordure de nos autoroutes.

Il s’agit, en fait, d’imposants modules conçus par Ariane Sauvé, que des techniciens déplacent à maintes reprises, pour permettre aux spectateurs de voir ce couple maudit sous différents angles.

Les éclairages de Kimberly Purtell amplifient ce climat anxiogène. On a parfois l’impression d’être dans un film de David Lynch, où la violence risque de surgir à tout moment.

On aura compris que cette production a une dimension cinématographique assumée. D’ailleurs, après le prologue, on projette un générique en lettres géantes sur un écran. Pareille entrée en matière, au son de la musique percutante de John Gzowski, a été saluée spontanément par des applaudissements nourris, le soir de la première.

À défaut d’être bouleversante, cette production est visuellement fascinante, grâce à la magie de Robert Lepage qui va jusqu’à transformer une pompe à essence incendiée en barbecue!

Une scène de Macbeth au TNM / Crédit: Yves Renaud

Une langue rude

Comme il l’avait déjà fait en 1992, Robert Lepage utilise la traduction du poète et dramaturge Michel Garneau (1939-2021). Ce texte est basé sur le français parlé au Canada français, au début du XVIIe siècle, à l’époque où Shakespeare a écrit Macbeth.

Le résultat est souvent difficile à suivre pour le spectateur et provoque parfois des éclats de rire en pleins moments de grande intensité dramatique.

«Efface‑toé, tache damnée, efface‑toé.
Eune heure, deux heures, c’est l’temps,
C’est l’temps d’le fére. L’enfer est noér.
T’as pas honte, mon roé, Toé,
un grand soldat, t’es mort ed’peur ?»

Cette traduction de 1978 qui visait à redonner à Shakespeare sa vigueur populaire, m’a semblé détonner dans l’univers contemporain des motards.

Alexandre Goyette dans le rôle de Macbeth / Crédit: Yves Renaud

L’interprétation d’Alexandre Goyette reflète un Macbeth qui n’avait sans doute pas autant d’ambition que sa femme et qui a été manipulé par cette dernière pour tuer le vieux chef de bande Duncan et accéder au pouvoir.

On sent l’inquiétude permanente de ce motard propulsé au sommet de l’échelle et un peu dépassé par les événements. Son passé criminel le hante à travers des visions qui ne lui laissent pas de répit. Ici encore, des surfaces miroitantes permettent d’illustrer les apparitions qui causent le tumulte intérieur de ce hors-la-loi.

Violette Chauveau est elle aussi crédible en Lady Macbeth, prête à tout pour arriver à ses fins. Cependant, comme la plupart de ses collègues, elle ne semblait pas encore tout à fait à l’aise avec cette traduction à l’oralité archaïque.

Parmi les rôles secondaires, on remarque David Boutin en MacDuff; le comédien livre une scène à glacer le sang vers la fin de cette pièce, dont la deuxième partie est toutefois moins rythmée que la première.

Enfin, le tout dernier tableau du spectacle évoque une vengeance d’une violence inouïe! On retient son souffle jusqu’à ce que le rideau tombe.

Macbeth

De Shakespeare
Traduction en québécois Michel Garneau
Mise en scène Robert Lepage

Avec Alexandre Goyette dans le rôle-titre

Une production originale du Festival de Stratford 2025,
créée en collaboration avec Ex Machina.
Présentée en coproduction par le Théâtre du Nouveau Monde,
Ex Machina, le Théâtre français du CNA et Le Diamant.

Au TNM, jusqu’au 1er mars 2026, avant de prendre l’affiche au Diamant à Québec, du 17 mars au 4 avril, puis au Centre national des arts d’Ottawa, du 5 au 11 juin.

Durée: 2 h 50, incluant un entracte.

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