«Moulin rouge! The musical»: soir de première montréalaise

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Dès que les premières notes de Lady Marmalade ont résonné dans la salle Wilfrid-Pelletier, mardi soir, une certaine frénésie s’est emparée de l’assistance qui a lancé des cris approbateurs, au son de «Voulez-vous coucher avec moi, ce soir?» Véritable «spectacle juke box», cette comédie musicale, créée en 2018 à Boston, est basée sur le film Moulin rouge, sorti en 2001 et réalisé par l’Australien Baz Luhrmann. À l’instar de ce film qui a reçu de nombreux prix, la comédie musicale dont le livret est de John Logan a été couronnée de 10 Tony Awards. Mais, ce long spectacle, où les répliques parlées prennent beaucoup de place, réussit il à maintenir le rythme durant 2 heures et demie?

Triangle amoureux

L’action de Moulin Rouge! se déroule dans le quartier de Montmartre, à Paris, au début du XXe siècle. La comédie musicale raconte l’histoire de Christian, un jeune compositeur, tombé amoureux de l’artiste de cabaret Satine qui est pourtant promise au riche duc de Monroth. Comme dans le film de Luhrmann, inspiré de l’opéra La Bohème de Puccini, ce récit met en scène une héroïne tuberculeuse et ses amis bohèmes vivant dans «la ville lumière». 

Gabriela Carrillo (Satine) et Luke Monday (Christian) sont beaux à voir dans les rôles principaux de cette histoire d’amour aux accents de triangle amoureux. Rêveurs, ces deux personnages offrent un contraste marqué avec l’autoritaire duc, incarné avec aplomb par Aaron C. Finley.

D’Elton John à Lady Gaga

L’imposante distribution, réunie par Broadway Across Canada, interprète plusieurs des chansons qui étaient à l’honneur dans le film dont: Your Song d’Elton John et Roxanne. Ce tube du groupe The Police est repris dans une version tango, avec une chorégraphie sensuelle, qui en fait l’un des numéros les plus réussis du spectacle.

Les danseuses, lascives et sulfureuses, exécutent avec maestria les chorégraphies de Sonya Tayeh, dans des costumes flamboyants, conçus par Catherine Zuber. Les coiffures de David Brian Brown ajoutent une touche supplémentaire d’originalité à cette faune glamoureuse.

Par contre, on pourrait s’attendre à des décors plus élaborés pour une production de cette envergure. On se contente plutôt de rideaux peints pour évoquer des lieux emblématiques de Paris, à la Belle Époque. 

Par ailleurs, on a beau être dans un temple du French cancan, ce Moulin rouge! vibre, notamment, aux rythmes de Lady Gaga et Adèle, dont plusieurs succès sont intégrés aux arrangements du superviseur musical et co-orchestrateur Justin Levine. Cette mosaïque de tubes est jouée live par un orchestre irréprochable, dirigé par Wendy Feaver, dans la fosse.

Sur scène, plusieurs interprètes aux voix puissantes se distinguent, à commencer par les deux protagonistes mais, on a tendance à chanter à plein volume, au détriment de la nuance.

Pire encore, malgré le caractère dramatique de l’histoire qui nous est racontée, l’émotion n’est pas au rendez-vous, dans cette mise en scène d’Alex Timbers. Bien difficile, également, de s’attacher aux personnages secondaires qui sont très peu développés, dont Toulouse-Lautrec qui est pourtant porté par l’agréable voix d’Alex Nicholson.

Toutefois, Robert Petkoff est éblouissant en Harold Zidler, exubérant propriétaire du célèbre cabaret parisien. Maître de cérémonie charismatique, il orchestre le spectacle tout en jouant un rôle central dans l’intrigue, en étant prêt à tout pour sauver son club de la faillite,

Si la première partie du spectacle ne manque pas de vitalité, après l’entracte, on assiste à une rupture de rythme, à cause des (trop?) longs dialogues parlés.

Heureusement, au rappel, toute la troupe est réunie pour l’apothéose de la soirée, où l’on chante et on danse dans le style entraînant du numéro d’ouverture.

Bref, s’il est vrai que Moulin rouge! est souvent qualifié de diamant, il n’est pas toujours aussi brillant qu’on le prétend.

Moulin rouge! The musical est à l’affiche à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, jusqu’au 14 juin.

*Photos fournies par Evenko

Commentaires

Une réponse à « «Moulin rouge! The musical»: soir de première montréalaise »

  1. Avatar de Serge Lehoux
    Serge Lehoux

    C’est incroyable le nombre de spectacles qu’il y a à Montréal ces jours-ci. Ça donne le tournis.
    Tenez bon monsieur Coulombe !

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