Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Parfois qualifié «d’opéra des opéras», le célèbre Don Giovanni de Mozart revit à la salle Wilfrid-Pelletier, le 30 septembre, ainsi que les 2 et 5 octobre prochains. Lors de la première représentation, samedi 27 septembre, on a pu constater l’engouement du public pour cet opéra en 2 actes, où la chute d’un impitoyable séducteur est racontée avec humour noir, à travers le livret de Lorenzo Da Ponte.
Si l’histoire semble détonner à notre époque, on remercie l’Opéra de Montréal de la présenter dans sa forme originale, sans tenter de la remanier au goût du jour. Quant à l’élégante musique de Mozart, elle est habilement défendue par des interprètes pour la plupart convaincants.
Séduire à tout prix
Résumons d’abord l’intrigue de Don Giovanni (Don Juan). Le livret reprend le mythe du séducteur puni, un personnage de fiction qui est apparu au théâtre pour la première fois au XVIIe siècle et qui a inspiré de nombreux créateurs dont Molière et Mozart.
Dès le premier acte, on est plongé dans un événement dramatique. Alors que Don Giovanni jette son dévolu sur une jeune femme, le père de cette dernière, Il Commendatore, provoque l’intrépide enjôleur en duel. Le combat sera fatal pour l’adversaire de Don Giovanni! Mais, rien n’arrête ce coureur de jupons qui continue son cruel jeu de conquête, peu importe que la femme soit libre, fiancée ou mariée.
Chemin faisant, le charmeur se fait de nombreux ennemis et il est ultimement détruit par la vengeance d’un fantôme!

Un spectacle à grand déploiement
L’Américain John Brancy incarne Don Juan avec élégance et dynamisme. Sa voix agile de baryton contraste avec celle de l’interprète de son valet Leporello, incarné par, Ruben Drole, baryton-basse suisse à la voix volumineuse. Pareil écart en terme de puissance vocale frôle parfois le déséquilibre.
La soprano néo-brunswickoise Kirsten LeBlanc brille en Donna Anna. Avec sa voix étincelante et la justesse de son interprétation, ses apparitions sont parmi les meilleurs moments de la soirée. Quant à son père, Il Commandatore, il est remarquablement bien servi par l’intense basse William Meinert.
De son côté, Andrea Núñez sait exprimer la colère de Donna Elvira, épouse délaissée de Don Giovanni et Anthony Gregory fait belle figure en fiancé de Donna Anna.
Par contre, Matthew Li manque de prestance et son Masetto ne reflète pas la fureur qui devrait l’habiter. Heureusement, ce n’est pas le cas de sa partenaire, Sophie Naubert, remarquable en Zerlina.
L’imposante distribution réunit également le Chœur de l’Opéra de Montréal et l’orchestre de chambre I Musici de Montréal dont on a considérablement augmenté (sans doute triplé) le nombre de musiciens. Le chef d’orchestre nippo-américain Kensho Watanabe réussit à guider tout ce beau monde dans la célébrissime partition que l’on traverse sans anicroches majeures.
Mise en scène et costumes
La mise en scène de Stephen Lawless, qui se déroule dans des décors luxueux où dominent d’imposantes colonnes doriques, comporte des moments saisissants!
On pense, entre autres, à la scène du cimetière, devant la statue du défunt Commendatore, où l’éclairage vient souligner avec force les moments où la voix d’outre-tombe du père de Donna Anna se fait entendre.
Coup de chapeau, également, à l’équipe de la conception des costumes qui a vu à mettre tout le monde en valeur, y compris les figurants!

Enfin, malgré les indéniables qualités de la production à l’affiche à la Place des Arts, il est clair que cette histoire de séducteur, écrite il y a plus de 200 ans, nous apparaît comme étant dépassée et devient répétitive, durant ce spectacle qui totalise trois heures incluant un entracte.
Chose certaine, la musique de cet opéra continue d’exercer une véritable fascination sur un large public. Des centaines de spectateurs ont d’ailleurs applaudi spontanément tout au cours de la soirée, notamment les arias «Madamina, il catologo è questo», «Là ci darem la mano» et «Il mio tesoro».
S’il est difficile de ne pas succomber à Don Juan, il est pratiquement impossible de résister à Mozart!

Don Giovanni de Mozart et Da Ponte, à la salle Wilfrid-Pelletier, le 30 septembre et le 2 octobre à 19h 30, ainsi que le 5 octobre à 14h.
Langue : Italien avec sous-titres français et anglais
Durée : 3h incluant un entracte de 25 minutes

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