Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Pierre Lapointe s’offre quatre fois le Théâtre du Nouveau Monde, cette semaine, dans le cadre des Francos de Montréal. Entouré de six musiciens, l’auteur-compositeur-interprète présente Chansons démodées pour ceux qui ont le coeur abîmé, un spectacle axé sur les titres de son dernier album, où sa plume atteint de nouveaux sommets! Très en voix, le dandy excentrique et tiré à quatre épingles n’a rien perdu de son humour mordant, tant et si bien qu’avec lui on passe souvent du rire aux larmes!

À la fois crooner et héritier de la grande chanson française à la Aznavour, Pierre Lapointe nous entraîne dans une gamme d’émotions universelles, qui tournent autour de l’amour et de la mort.
Sur un ton de confidence, il lance la soirée avec Le secret: «Même si je garde pour vous le plus grand des respects Il y a certaines choses que je ne dis pas, que je tais». On remarque tout de suite l’originalité des arrangements pour piano à quatre mains, interprétés par le duo formé d’Amélie Fortin et Marie-Christine Poirier.
Un quatuor à cordes se joint à eux pour quelques morceaux dont Toutes tes idoles, une chanson qui confronte le public aux dessous de l’idolâtrie. Ces nouveaux arrangements se marient avec élégance aux textes denses de l’artiste qui a aussi un fort penchant pour l’autodérision. Entre autres, il entrevoit déjà avec sarcasme la réaction des médias advenant son décès!
Puis, il est hilarant, lorsqu’il analyse ses déceptions amoureuses! «Chaque être humain se doit de tomber en amour avec un connard ou une conasse, une fois dans sa vie», dit-il, en expliquant la dynamique des relations toxiques comme il en a déjà vécu. «Comme je suis un artiste et qu’on transforme la marde en magie, bien ça donne des maudites belles chansons!»
On rit de bon cœur puis, on replonge dans l’univers tourmenté de celui qui chante Je déteste ma vie.
Sous une vingtaine de ballons métalliques dont la couleur change au gré des éclairages délicats, l’artiste de 44 ans reprend aussi une pièce de son premier disque: Tel un seul homme. Lapointe n’avait que 20 ans lorsqu’il a composé cette chanson qui aborde avec une grande maturité l’impitoyable destinée des humains.
De l’album Chansons hivernales, on aura droit à Papa, maman, un texte à la fois simple et troublant sur les conflits familiaux liés à l’orientation sexuelle.
Puis, Lapointe prend plaisir à écouter le duo Fortin-Poirier qui joue une pièce différente à chaque représentation. Assis sur le piano, le roi de la soirée gratifie les pianistes d’un sourire admiratif et communicatif.

Pierre Lapointe nous mène, ensuite, vers un véritable crescendo émotif à travers trois titres particulièrement bouleversants, dont, Madame, bonsoir, où il s’adresse directement à la mort. Magistral! Cette pièce d’une grande intensité a de quoi devenir un classique de la chanson! Il me semble que d’autres interprètes pourraient aussi la chanter. J’ai quelques noms en tête…
Visiblement ému, le grand Pierre poursuit avec la poignante Comme les pigeons d’argile, dédiée à sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Dans le même esprit, il enchaîne avec Où iront nos souvenirs? Ici encore, les paroles et la mélodie touchent au sublime, un peu comme dans Où vont les fleurs? qu’interprétait l’inoubliable Marlene Dietrich.
Sur une note plus légère, au rappel, ce sera le tube, Deux par deux rassemblés, entonné en chœur avec le public. Soirée magique!
Pierre Lapointe / Chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé
Au Théâtre du Nouveau Monde, les 12, 13, 14 et 15 juin, dans le cadre des Francos de Montréal qui se poursuivront jusqu’au 21 juin.
*Crédit photo: Benoit Rousseau

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