Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Ébranlée après avoir assisté à la mort de son père, l’humoriste Pierre Légaré qui a reçu l’aide médicale à mourir en 2021, Manuelle Légaré prépare une pièce de théâtre documentaire qui traite de ce sujet sensible. «Mon père qui a été psychologue avant d’être humoriste a passé sa vie à observer la société et soulever des questions. Ma démarche est comparable à la sienne. Même si l’aide médicale à mourir semble rallier la majorité, elle m’inspire plusieurs remises en question», souligne l’autrice de la pièce intitulée Club sandwich mayonnaise.
Une enquête qui soulève des questions

«Je ne suis toujours pas en paix», reconnaît Manuelle Légaré, qui a été marquée de voir une médecin entrer dans la chambre de son père le 5 octobre 2021 et en ressortir quelques minutes plus tard, après avoir mis fin à la vie de l’homme de 72 ans, atteint d’un cancer de la vessie.
En procédant de cette façon, c’est comme si la mort était devenue quelque chose de banal, estime la dramaturge: «C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on peut connaître précisément l’heure et le lieu de notre mort ou celle d’un proche. Résultat: le lundi, j’étais dans le bureau de la médecin et le mardi, j’assistais au décès de mon père. Il n’y a plus de rite de passage!»
D’ailleurs, on peut penser que ce rythme va continuer de s’accélérer, ajoute-t-elle, en soulignant que, depuis 2021, la portée de l’AMM s’est élargie au niveau fédéral après l’adoption du Bill C-7. Désormais, des personnes dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible peuvent aussi être admissibles, à condition d’avoir une condition médicale grave et irrémédiable.
Puis, en 2023, l’assemblée nationale du Québec a modifié la loi pour permettre des demandes anticipées d’AMM, c’est-à-dire qu’on peut exprimer sa volonté de recevoir l’aide médicale à mourir à l’avance, au cas où on perdrait éventuellement ses capacités intellectuelles.
«Je sais qu’on ne reviendra pas en arrière», mais on doit réfléchir aux risques de dérives inhérents à une telle tendance, estime Madame Légaré.
«Selon de nombreux Québécois à qui j’ai parlé, des aînés veulent l’aide médicale à mourir parce qu’ils ont peur de subir des situations comme celles qui ont entraîné la mort de milliers de personnes dans les CHSLD, durant la première vague de la pandémie. Mais, ce n’est sans doute pas la seule explication. Je crains que des gens en viennent à demander l’AMM parce qu’ils sont seuls et qu’ils se sentent de trop; parce que c’est leur condition sociale et non leur condition physique qui les fait souffrir.»
Pour la période d’avril 2023 à mars 2024, plus de 5 700 personnes au Québec ont reçu l’AMM, ce qui correspond à environ 7,3 % des décès dans la province, selon les infos recueillies par Madame Légaré.
D’ailleurs, en 2023, c’est au Québec qu’on a recensé 36,5 % des cas d’AMM pratiqués dans tout le pays, soit, la proportion la plus élevée parmi les provinces canadiennes.
Sans s’opposer à l’aide médicale à mourir, l’autrice estime qu’on pourrait considérer davantage l’option des soins palliatifs pour aider les malades à s’éteindre plus doucement, entourés de leurs proches qui ont eux aussi besoin d’assistance.
«Pour le personnel médical, c’est un soin normal. Mais, pour nous, assister à la mort d’un des nôtres, c’est dramatique! Personnellement, j’ai trouvé ça très difficile car je n’ai eu aucun accompagnement ni avant, ni après! D’ailleurs, mon travail d’écriture m’a permis de constater que je suis loin d’être la seule à avoir été marquée par le décès programmé d’un être cher.»

Une touche d’humour
«Même si le sujet est sérieux, il y a de l’humour dans ce spectacle», à commencer par le titre de la pièce. «En effet, quand la médecin a ultimement demandé à mon père s’il souhaitait toujours recevoir l’aide à mourir, il a répondu du tac au tac : «oui, oui, un club sandwich mayonnaise», comme pour faire une dernière blague sur sa mort imminente.»
Cette pièce devient, en quelque sorte, «un hommage à mon père qui revit sur scène. Une comédienne m’incarne pour jouer des moments significatifs de ma vie avec mon père. Moi, je suis sur le plateau, en marge. J’assiste à des moments de mon histoire familiale», interprétée par les comédiens Martin-David Peters, Sylvie De Morais-Nogueira et Alice Pascual, sous la direction du metteur en scène François Bernier.
Club sandwich mayonnaise est une production de Porte Parole qui s’est fait connaître avec plusieurs pièces de théâtre documentaire, dont : J’aime Hydro et Projet Polytechnique.

Club sandwich mayonnaise
À l’Usine C [hors-saison]
Du 8 au 18 avril 2026
Lien vers la billetterie
*Photos fournies par Manuelle Légaré

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