Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
On a ri à gorge déployée, mercredi soir, à la première montréalaise de la nouvelle mouture québécoise de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? Rémy Girard est étincelant dans le rôle central de cette adaptation, par Emmanuel Reichenbach, du film français de Guy Laurent et Philippe de Chauveron, paru en 2014.
Cette irrésistible comédie transposée à Laval et ses environs dresse un portrait du racisme dans une famille québécoise dont les filles sont en couple avec des hommes de différentes origines qui sont aussi racistes entre eux. Sujets délicats et répliques cinglantes font bon ménage dans ce spectacle rythmé où l’on évite le piège moralisateur.

Une scène de la pièce Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? / Crédit: Sébastien Jetté
D’entrée de jeu, le personnage d’Alain Bouchard (Rémy Girard), un concessionnaire d’automobiles qui a le Québec tatoué sur le coeur, révèle son agacement de voir ses valeurs parfois éclipsées dans les réunions familiales. Trois de ses quatre filles partagent leur vie avec des hommes issus de la diversité culturelle, soit un Juif, un Coréen et un Arabe. On s’en doute, leurs différentes visions du monde créent des frictions souvent cocasses.
Cet univers caricatural gravite néanmoins autour d’un personnage principal qui n’est pas un ignare. En effet, Alain Bouchard lit Victor Hugo; il regarde fréquemment le film Octobre de Pierre Falardeau et il a une admiration sans borne pour Gilles Vigneault. Ses gendres (Mehdi Boumalki, Ariel Ifergan, Nicolas Michon) lui chantent d’ailleurs Gens du pays pour lui faire plaisir, dans une scène drôle et tendre.
Les nombreux rebondissements de leur vie familiale sont répartis en sketchs, entre lesquels, on plonge brièvement la scène dans la pénombre, le temps de changer des éléments du décor, au son de musiques entraînantes. Le metteur en scène Michel-Maxime Legault a vu juste car, cette approche circonscrit les différents enjeux mis en lumière, tout en maintenant le rythme du spectacle.
En plus du feu nourri des répliques savoureuses sur les rapports qu’entretiennent ces québécois de souche avec les autres cultures, une intrigue se dessine. Pourquoi la quatrième fille de la famille Bouchard est-elle encore célibataire? La vérité ne tardera pas à éclater en plein réveillon de Noël !
On déplore toutefois certaines incongruités. Par exemple, depuis quand y-a-t-il du service aux tables dans les restaurants La Belle Province? On s’étonne également d’entendre le personnage de Rémy Girard reprendre le discours typique contre les difficultés du stationnement à Montréal, alors qu’on serait pourtant à Laval.
Puis, on n’échappe pas à certaines longueurs dans cette pièce d’environ 2h. 40, incluant un entracte. Rappelons que le film qui a inspiré cette pièce durait 97 minutes.
Pas de racisme chez les femmes?
Parmi cette équipe de 12 comédiens, outre l’excellent Rémy Girard, on remarque Widemir Normil, désopilant en Africain souvent porté à s’indigner. Quant à Nicolas Michon, tout feu tout flamme, il fait mouche pratiquement à chacune de ses interventions. Ce fier Coréen d’origine doit notamment affronter les allusions malveillantes envers les asiatiques, liées à la pandémie de Covid-19.
Curieusement, aucun des personnages féminins de cette pièce ne semble irrité par quoi que ce soit dans la diversité culturelle! Pourtant, la question du voile islamique, par exemple, est loin de faire l’unanimité chez les Québécoises. Plusieurs figures de proue du féminisme québécois dont Janette Bertrand, Denise Filiatrault, Julie Snyder n’ont elles pas signé une percutante lettre plaidant en faveur de la charte des valeurs québécoises?
Tout cela est ignoré dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, où les femmes nous sont présentées comme étant tolérantes et conciliantes, alors que leurs conjoints sont à couteaux tirés. Pareille omission dans un spectacle qui s’attaque aux préjugés fait figure d’éléphant dans la pièce!

Les beaux malaises
Huit ans après une première adaptation jouée au Théâtre du Rideau Vert, Emmanuel Reichenbach a remanié son texte pour adoucir certaines répliques sans en perdre le mordant. Ce nouveau spectacle vous fera peut-être parfois rire jaune mais, ces malaises seront passagers car il s’agit d’une famille qui s’aime à travers ses nombreuses maladresses, ce qui demeure évidemment d’actualité!
La pièce Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? est présentée jusqu’au 26 juillet au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts. Elle s’installera au Théâtre Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse du 30 juillet au 24 août avant de partir en tournée au Québec.
Pour toutes les dates: questcequonafaitaubondieu.com
*Photos fournies par Rugicomm

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