«Quichotte»: le chevalier de Cervantes renaît au cabaret

Critique de l’adaptation de Don Quichotte, à l’affiche au TNM

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Qui l’eût cru ? Le personnage idéaliste de Don Quichotte, créé par Miguel de Cervantes au XVIIe siècle, fait un bond dans le temps de plus de trois siècles et revit sa quête de justice dans une Espagne en pleine Guerre civile. Avec Normand D’Amour dans le rôle-titre, cette adaptation de Rébecca Déraspe, mise en scène par Frédéric Bélanger, nous entraîne dans une maison close rappelant l’univers de la comédie musicale Cabaret.

La musique jouée live et les chorégraphies sont enlevantes! Mais, pareil contexte est-il propice aux épanchements du chevalier errant qui confond le réel et l’imaginaire?

À l’avant-plan: Benoit McGinnis et Normand D’Amour / Crédit: Yves Renaud

Sans être une comédie musicale, le spectacle Quichotte, à l’affiche au TNM, est truffé de numéros qu’on croirait empruntés à Broadway. Nous sommes, en fait, dans le cabaret-bordel de Madame Petit, incarnée par une Debbie Lynch‑White en feu!

Le concierge de ce lieu peuplé de filles et de fils de joie est nul autre que Don Quichotte de la Manche qui s’y est réfugié, alors que dehors, on entend gronder le vent de répression de la guerre d’Espagne.

Malgré les moqueries de son écuyer, Sancho, un rôle ou Benoit McGinnis s’en donne à coeur joie, le vieux Alonso Quichano ne demande qu’à partir à l’aventure pour défendre les opprimés.

Normand D’Amour brille de mille feux dans la peau de ce poète qu’on dit fou et qui rêve de délivrer le monde. On dirait que l’acteur est Quichotte, à travers chacun de ses gestes, ses intonations, sa diction. Toute une performance!

Ce rêveur, redéfini par le tandem Déraspe-Bélanger, rencontre d’ailleurs sa dulcinée en chair et en os: une fille de joie interprétée par Marie-Andrée Lemieux.

Normand D’Amour et Marie-Andrée Lemieux / Crédit: Yves Renaud

Quichotte: héros d’aujourd’hui

Même si l’action est transposée à Barcelone, dans les années 1930, on soulève des questions très actuelles qui font parfois sourire, sachant que le roman d’origine a été publié il y a plus de 400 ans. Entre autres, le personnage d’Alvaro explique que lui et son amoureux ont été victimes d’attaques liées à leur orientation sexuelle. Indigné devant pareille situation, Quichotte, héros d’aujourd’hui, s’engage sur le champ à combattre l’homophobie.

Quichotte au Théâtre du Nouveau Monde / Crédit: Yves Renaud

Mais, dans cette pièce de 90 minutes, que reste-t-il des péripéties du noble espagnol prêt à se lancer à l’assaut des moulins à vent qu’il prenait pour des géants? La mélancolie du «chevalier à la Triste Figure» qui s’interroge sur le rôle de la littérature est, en quelque sorte, éclipsée par les éclairages éblouissants de Chantal Labonté.

Certains trouveront que l’essence même du héros en souffre. Il n’en reste pas moins qu’en plus de sa solide distribution, Quichotte a de nombreuses qualités, dont la musique entraînante de Gustafson, interprétée en direct par Adrien Bletton, Guido Del Fabbro et Jean‑Philippe Perras. Quant aux chorégraphies électrisantes de Yann Aspirot, elles étaient déjà réglées au quart de tour en ce jeudi soir de première médiatique.

Enfin, si une certaine légèreté règne dans ce spectacle, l’émotion est aussi au rendez-vous, surtout lorsque Sancho, habituellement railleur envers Quichotte, pousse un retentissant cri du cœur, en voyant mourir son maître. Une scène finale à vous tirer les larmes des yeux!

Quichotte

D’après Cervantes. Adaptation : Rébecca Déraspe. Idée originale et mise en scène : Frédéric Bélanger.

Avec: Normand D’Amour, Benoit McGinnis, Debbie Lynch‑White, Marie-Andrée Lemieux, Yann Aspirot, Catherine Beauchemin, Métushalème Dary, Marie-Pier Labrecque, Félix Lahaye.

Une coproduction du Théâtre du Nouveau Monde et du Théâtre Advienne que pourra.

Au Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 6 juin.

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