«Serge Fiori – Seul ensemble», un spectacle habilement renouvelé

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

La nouvelle mouture de Serge Fiori – Seul ensemble ajoute une dimension d’éternité au chanteur d’Harmonium, décédé en 2025. En mariant la poésie acrobatique à des orchestrations renouvelées de son répertoire, le Cirque Éloize réussit à transformer l’absence physique de l’icône en une présence scénique lumineuse. Grâce à des projections, le spectateur a parfois l’impression que Fiori observe lui-même, de là-haut, son propre univers en train de déployer sur scène!

Non seulement on puise dans les trois albums d’Harmonium, mais l’équipe a ajouté le titre Lumière de vie, un morceau emblématique de L’Heptade qui ne figurait pas dans les représentations de 2019.

Entre les questionnements existentiels sur la vie et la mort, on a inséré un tableau spectaculaire où les danseurs s’exécutent au son de Dixie, dans un environnement visuel qui rappelle la superbe pochette de l’album Si on avait besoin d’une cinquième saison.

La trame sonore fraîchement remaniée par Louis-Jean Cormier, Alex McMahon et Guillaume Chartrain demeure la pierre angulaire de cette célébration d’un géant de la chanson québécoise, empreinte d’émotion et d’humour.

L’équilibre entre le groupe et l’intime

Après avoir signé la mise en scène de la première édition de Serge Fiori – Seul ensemble, il y a sept ans, Benoit Landry a conçu une nouvelle version où les numéros de groupe alternent judicieusement avec des tableaux plus intimistes.

Dès l’ouverture, au son de la chanson Vert, la vingtaine d’artistes de cette production s’emparent de la scène, en interprétant une chorégraphie qui semble donner tout son sens au titre du spectacle. «C’est peut-être ça, le cœur de l‘œuvre de Serge Fiori : cette conviction que l’on est plus entier ensemble que seul», peut-on lire dans le programme de la soirée.

La musique et la danse sont plus présentes que le cirque dans ce spectacle, mais certaines prouesses circassiennes illustrent avec brio la notion d’équilibre précaire que chante Fiori. Main à main, équilibre sur cannes, duo trapèze, ou «slackline», toutes ces disciplines s’intègrent harmonieusement aux chansons.

Par contre, on n’évite pas certains pièges. Entre autres, la traditionnelle jonglerie est fort prévisible et le numéro de roue Cyr m’a paru longuet.

Cordes sensibles

L’une des grandes forces de Serge Fiori – Seul ensemble réside dans sa diversité visuelle. D’un tableau scénique à l’autre, l’univers d’Harmonium est magnifiquement évoqué. On pense, notamment, aux projections de nuages baignés d’éclairages rouges qui rappellent immédiatement la pochette de L’Heptade.

Mais le clou de la soirée est sans doute de voir s’animer les splendides papillons et les lapins roses emblématiques de l’univers visuel du deuxième disque du groupe.

Durant plus de deux heures, on passe d’une ambiance à l’autre sans qu’il y ait rupture de ton : on sent que c’est toujours Fiori qui nous parle.

D’ailleurs, le grand mérite du metteur en scène est de ne pas chercher à imposer sa vision, mais plutôt de suggérer une interprétation visuelle, onirique de titres cultes tels que Le Corridor, Histoires sans paroles, Comme un sage, ou Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie.

S’il est vrai que ce spectacle est, dans l’ensemble, plutôt introspectif, il compte aussi des moments festifs dont l’irrésistible Viens danser du duo Fiori-Séguin.

Quant aux arrangements, sans dénaturer les versions originales, ils leur insufflent une touche moderne, sublimée par un minutieux travail de studio et l’ajout de cuivres, de cordes et de chœurs.

Une présence troublante au-delà du temps

La production fait également un très bon usage d’images d’archives de Serge Fiori projetées sur un écran à l’arrière de la scène. L’homme se confie brièvement sur son amour de la chanson québécoise et ses débuts comme guitariste, alors qu’il entrait tout juste dans l’adolescence.

Ce créateur tourmenté s’allume une cigarette et résume en une phrase le sens de son existence : « C’est ça, la vie, au fond. On peut juste être là, sans s’imposer… »

Le spectateur voit alors Fiori tourner la tête comme pour observer les circassiens dans des numéros aériens virtuels ou des prouesses qui se déroulent réellement sur scène. Troublant!

Pour terminer sur une note rassembleuse, toute la troupe nous entraîne dans une chorégraphie en clin d’œil à KWE!, un projet qui a permis à des artistes de reprendre, en langues autochtones du Québec, la pièce Un musicien parmi tant d’autres, avant la mort du mythique chanteur d’Harmonium.

En mariant l’œuvre intemporelle de Fiori à une féérie visuelle empreinte de nostalgie, le Cirque Éloize réussit à nous éblouir, nous émouvoir et même à nous donner le goût de chanter. Mission accomplie!

Serge Fiori – Seul ensemble

Au Théâtre St-Denis jusqu’au 19 septembre et au Théâtre Capitole de Québec, à compter du 29 septembre. Des représentations auront aussi lieu à Gatineau, La Baie et Sherbrooke.

Détails: SEULENSEMBLE.CA

*Photos fournies par le Cirque Éloize.

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