Sexe: des aînés se racontent sans complexe au Théâtre Prospero

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Quand on aime on a toujours 20 ans, chantait Ferland… Cet adage semble coller à la réalité des six aînés de 65 ans et plus, toujours passionnés, qui racontent leur vie amoureuse et sexuelle dans une mouture québécoise du spectacle All the Sex I’ve Ever Had.

Ils sont de Shawinigan, Chicoutimi, Drummondville, Granby, Montréal et l’un d’eux est né au Caire. Deux femmes cis, une femme trans lesbienne, un homme hétéro, un homme bi et un homme gai sont assis à une grande table et font face au public. Malgré son titre, le spectacle se déroule en français.

Tous déballent avec humour leurs souvenirs intimes, depuis leurs premiers plaisirs solitaires et leurs relations juvéniles, jusqu’au deuil des personnes aimées et au désir retrouvé.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est un public constitué en grande partie de jeunes dans la vingtaine qui était au rendez vous, mercredi soir, pour découvrir ces révélations osées et visiblement libératrices.

Un concept qui fait le tour du monde

All the Sex I’ve Ever Had parcourt le monde depuis une quinzaine d’années, de l’Amérique du Nord à l’Europe, de l’Asie à l’Australie. Créé en 2010 par la compagnie canadienne Mammalian Diving Reflex, ce spectacle met en scène de simples citoyens des diverses communautés où il est présenté.

Imaginée par Darren O’Donnel, fondateur de cette compagnie torontoise, cette démarche théâtrale atypique comporte une phase de recrutement des aînés intéressés à participer à pareil exercice. Puis, on procède à de longues entrevues enregistrées qui servent de matière première au récit qui est ensuite organisé chronologiquement.

C’est ainsi que sur scène, le maître de cérémonie et DJ, Antoine Bédard, annonce, par exemple, l’année 1960. Les aînés racontent, alors, tour à tour, un fait marquant de leur vie sexuelle de cette année-là.

À certains moments, le public est aussi invité à s’exprimer. Qui dans la salle a déjà joué au docteur? En quoi consistait ce jeu sexuel vécu dans votre jeune âge? Des animateurs s’avancent alors dans les gradins pour tendre un micro à ceux et celles qui veulent raconter leur expérience au public.

La musique vient aussi dynamiser le spectacle puisque, lorsqu’on arrive à une année marquant un changement de décennie, les héros de la soirée se lèvent pour danser, que ce soit le Ya Ya, Le début d’un temps nouveau, Bye Bye mon cowboy, etc.

Durant une heure 40, dans une salle remplie à craquer, on écoute attentivement Carole, Elaine, Isabelle, Walid et Yvon, en riant avec eux et en les applaudissant à certains moments de leurs récits. Leur comparse, Gérard, était toutefois absent le soir de la première, à cause d’un problème de santé.

Même s’ils font fi des tabous et qu’ils se racontent sans pudeur, ils préfèrent ne pas révéler leur nom de famille. En début de représentation, on demande même aux spectateurs de s’engager à ne pas divulguer ce qu’ils entendront au cours de la soirée.

Ce qui meurt en dernier

À travers des anecdotes croustillantes, émergent parfois des confidences sur des moments dramatiques, marqués par les ruptures, les déceptions et le doute. Malgré tout, il semble que le désir et l’amour ont rallumé le goût de vivre de ces vieux routiers, tout au long de leur vie.

L’une des femmes dira, entre autres, qu’elle se sentait comme une reine entre les bras d’un de ses amants et qu’elle continue d’aspirer à cette forme de plénitude: «Moi, j’veux baiser jusqu’à la fin de mes jours!»

Durant le dernier segment du spectacle, on se projette dans le temps, en 2046. Même si tous les protagonistes ont alors plus de 80 ans, l’une des femmes dit se sentir encore comme si elle avait 17 ans, devant la perspective de tomber en amour.

L’un des hommes ajoute, sourire en coin: «J’ai 97 ans mais, j’ai l’ai d’en avoir à peine 76», comme quoi, on ne perd pas le désir de plaire, même lorsqu’on est nonagénaire.

Enfin, l’aîné de tous, lui, a atteint l’âge de 100 ans, en 2046. Dans son rêve ultime, il se voit enlacé avec son amoureux: «Nous nous embrassons divinement, éternellement!»

Bref, au-delà des histoires salaces, ces aînés défient les tabous en révélant leur intimité avec une audace rare, au cœur d’une époque obsédée par le culte de la jeunesse.

All the Sex I’ve Ever Had

Une création de Mammalian Diving Reflex en collaboration avec le Prospero

Avec:

Carole, Elaine, Gérard, Isabelle, Walid, Yvon

Maître de cérémonie et DJ: Antoine Bédard

Idéation et conception: Darren O’Donnell

Mise en scène: Ryan Lewis

Au Théâtre Prospero, du 27 août au 6 septembre

*Crédit photo: Maxim Paré Fortin

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *