Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
La chanteuse américaine St. Vincent, de son vrai nom Annie Clark, nous a offert, en quelque sorte, une classe de maître, dimanche soir, avec les splendides relectures symphoniques de chansons puisées dans la plupart de ses albums. Cette auteure-compositrice et guitariste originaire de l’Oklahoma, disciple de Kate Bush et David Bowie, a su préserver avec brio le cachet original de ses morceaux, en les magnifiant d’arrangements orchestraux grandioses, joués avec une soixantaine de musiciens québécois, à la salle Wilfrid-Pelletier.
L’artiste indie rock de 43 ans que plusieurs ont d’abord vue en première partie du groupe Arcade Fire il y a une vingtaine d’années, n’a pas tardé à séduire les festivaliers avec sa théâtralité qui semble innée!

Après une interprétation orchestrale tout en douceur de la pièce pour piano « We Put a Pearl in the Ground », extrait de son premier album Marry Me (2007), Clark est apparue sur scène portée par des applaudissements et des cris d’enthousiame.
Elle a alors offert quelques titres de son dernier opus All Born Screaming (2024), dont « Violent Times », où les arrangements de Rachel Eckroth nous transportent dans l’ambiance d’un film d’espionnage à la James Bond.
Véritable complice artistique d’Annie Clark, le maestro Jules Buckley réussit, à tout coup, à créer des ambiances symphoniques diversifiées et appropriées aux thèmes des chansons. Ce chef d’orchestre britannique qui a notamment collaboré avec Massive Attack et Patrick Watson, parvient à une cohésion orchestrale exemplaire avec des instrumentistes de chez nous dont Julie Triquet, violon solo d’I Musici de Montréal.

Il faut dire que le projet St. Vincent symphonique a été longuement peaufiné. Après s’être produite au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, en 2025, à la suite d’une invitation des BBC Proms, la chanteuse a lancé l’album Live In London! où son répertoire rock, électro et glam est littéralement transformé par une luxuriante dimension orchestrale, qu’il s’agisse de Black Rainbow, Marrow ou The Bed.
Ce franc succès se prolonge à travers une tournée nord-américaine au cours de laquelle madame Clark partagera la scène, en juillet, avec l’Orchestre philharmonique de New York, puis l’Orchestre symphonique de Chicago qui sont deux des « Big Five », surnom donné aux cinq orchestres symphoniques les plus cotés aux États-Unis.

On sait que souvent, dans ce genre d’exercice, l’orchestre devient une sorte de figurant, mais ce n’est pas le cas avec le tandem Clark-Buckley où la batterie, la basse, les claviers et la guitare se marient véritablement avec la formation symphonique. À cette féerie de textures musicales, s’ajoutent les solos de guitare grinçants de l’Américaine qui a d’ailleurs officié comme guitariste dans le groupe de Sufjan Stevens, durant sa tournée de 2006.
Alors qu’elle nous avait semblé plutôt froide et distante en début de soirée, la star a par la suite lâché son fou entre autres durant sa pièce « New York ». Elle est alors descendue au parterre à la rencontre de ses admirateurs et elle a grimpé sur des sièges pour chanter cette ode aux ruptures amoureuses.
Après la dramatique « Paris Is Burning », St. Vincent a opté pour la légèreté, au rappel, en interprétant d’abord « Candy Darling » couchée à plat ventre sur la scène, les jambes recroquevillées, agitant avec espièglerie ses pieds chaussés de souliers rouge vif! Elle a terminé avec la ballade douce-amère « Slow Disco ».
La dame a aussi tenu à souligner elle-même l’excellence de cet orchestre montréalais d’un soir, en plus de remercier son public dans la langue de Molière.
La 46e édition du FIJM se poursuit jusqu’au 4 juillet. https://montrealjazzfest.com/fr
*Crédit photo: Victor Diaz Lamich

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