Tableau d’une exécution : une pièce coup de poing au Rideau Vert

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Sylvie Drapeau brûle les planches, au Théâtre du Rideau Vert, dans le rôle de Galactia, une artiste qui brave dangereusement l’autorité, au XVIe siècle. Peintre de grande réputation, elle a été choisie par la république de Venise pour créer un tableau commémorant la victoire remportée lors de la bataille de Lépante. Mais, au lieu d’illustrer la gloire de la Sérénissime, elle choisit de peindre crûment les ravages de ces affrontements sanglants. La rebelle ne tardera toutefois pas à subir les conséquences de sa virulente critique du pouvoir en place.

Jean-Moise Martin et Sylvie Drapeau dans une scène de «Tableau d’une exécution» au TRV / Crédit: Eve B. Lavoie

Même si cette histoire cruelle se déroule il y a plus de 400 ans, elle soulève des questions brûlantes d’actualité, en ce qui a trait aux relations des artistes avec le pouvoir politique. Ce texte sombre, traduit par Jean-Michel Déprats, est l’œuvre du Britannique Howard Barker, dont la première version scénique a été créée en 1990. Rappelons que le dramaturge estime que le théâtre doit être une expérience éprouvante et que la plus grande réussite d’un écrivain est de créer un personnage qui suscite de l’angoisse. 

Comme son titre l’indique, Tableau d’une exécution est marquée par l’évocation de violences terrifiantes. Heureusement, la mise en scène imaginative de Michel Monty parvient à dynamiser les échanges parfois longs et tendus des protagonistes.

Les habiles changements de décors, conçus par Olivier Landreville, nous entraînent au palais, orné d’une peinture classique, jusqu’à l’atelier de l’artiste qui se transforme en prison, grâce à une structure de bois pivotante.

La magistrale Sylvie Drapeau est entourée d’une distribution remarquable où se distingue, notamment, Jean-Moïse Martin, en doge. Ce dernier allège un peu l’atmosphère en nous faisant sourire avec son attitude narcissique.

D’autre part, on est intrigué par le personnage en tailleur-pantalon qui a l’air de commenter l’art dans un musée d’aujourd’hui. Cette figure confondante, incarnée par Ève Pressault, fait pourtant irruption dans des scènes qui se déroulent au XVIe siècle, sans changer de costume. On laisse ainsi entendre que la proximité insidieuse entre le domaine artistique et le pouvoir n’aurait pas vraiment changé au fil du temps. Bien joué!

La mémoire courte

À mon sens, l’un des irritants de cette pièce est de prétendre que Galactia, personnage fictif, s’oppose au pouvoir, parce qu’elle est une femme et que sa vision du monde diffère de celles des hommes. On a la mémoire courte! A-t-on déjà oublié, entre autres, la triste fin du poète espagnol insoumis Federico García Lorca, exécuté sur sa terre natale?

Ajoutons que certaines répliques du Tableau d’une exécution sont carrément misandres! On pense, entre autres, à la fille de Galactia, incarnée par Anne-Marie Binette qui s’exclame que «Ça pue l’homme! Ça pue le mâle!». Une fois de plus, nos critiques qui se prétendent pourtant épris de respect, n’ont rien entendu!

La pièce «Tableau d’une exécution» réunit neuf comédiens sur la scène du TRV. Crédit: Eve B. Lavoie

Cela dit, Tableau d’une exécution est une pièce dense qui n’est pas exempte de certaines longueurs. Mais, Sylvie Drapeau irradie dans cet univers tourmenté qui soulève continuellement des questions par lesquelles on se sent concerné.

Pas de doute, le Rideau Vert nous présente l’une des meilleures pièces de la rentrée 2025-2026.

Tableau d’une exécution est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 25 octobre.  

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