William Christie et Les Arts Florissants à Lanaudière: féérie baroque!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

L’un des événements les plus attendus de la 49e édition du Festival de Lanaudière a donné lieu à une véritable féérie baroque, samedi soir, à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay. L’iconique chef d’orchestre franco-américain William Christie et son ensemble Les Arts Florissants ont alors interprété non pas un mais bien deux opéras du compositeur français Marc-Antoine Charpentier.

Bien que leurs partitions soient ancrées dans des traditions historiques, ces œuvres créées il y a plus de 300 ans, renaissent à travers des mises en scène et chorégraphies dynamiques aux accents contemporains.

William Christie au Festival de Lanaudière, le 11 juillet 2026.

Un message de paix

Pour sa quatrième visite au Festival de Lanaudière, William Christie a d’abord dirigé le court opéra de Charpentier dont l’ensemble Les Arts Florissants tient son nom.

Cette œuvre d’environ 3 quarts d’heure, écrite vraisemblablement en 1685, tend à démontrer que les arts peuvent pacifier un monde continuellement menacé par les conflits.

«Le livret anonyme réunit les arts majeurs -Poésie, Architecture, Musique et Peinture- qui chantent leur «floraison» retrouvée par le retour de la Paix grâce à Louis XIV», précise-t-on dans le programme de la soirée.

En plus d’un orchestre de chambre d’une dizaine de musiciens, l’ensemble musical français était accompagné de quatre danseurs ainsi que du Jardin des Voix. Il s’agit de jeunes chanteurs issus de l’académie baroque créée par William Christie et qui est devenue au fil des ans un incubateur de talents. Cette année, l’ensemble accueille les lauréats du 12e concours du Jardin des Voix.

Certains solistes ont brillé à plusieurs reprises dans cette « idylle en musique ». Ce fut le cas de la soprano Camille Chopin qui interprète le rôle de la Musique dans le premier opéra, avant de se glisser dans la peau d’Eurydice.

On remarque aussi le polyvalent Olivier Bergeron, formé au Conservatoire de musique de Montréal puis à l’École normale de musique de Paris. Avec une bonne dose d’ironie, il incarne la Discorde, dans son smoking, aux côtés des Furies. Sans être très puissante, sa voix de baryton est d’une grande souplesse et son jeu est fort convaincant!

Cela dit, il s’agissait surtout d’une performance d’ensemble. L’équilibre des parties vocales lors des nombreux passages chantés par toute la troupe nous ont plongés dans des moments d’harmonie d’une grande beauté!

Négocier avec les Enfers

William Christie et les Arts Florissants au Festival de Lanaudière, le 11 juillet 2026.

Après l’entracte, on nous entraîne dans La descente d’Orphée aux enfers (1686), un opéra de chambre baroque d’une heure.

L’action commence dans la joie, alors qu’Eurydice célèbre ses noces avec Orphée. Mais, voilà qu’en cueillant des fleurs, la jeune femme est mordue par un serpent et elle meurt.

Bastien Rimondi est éblouissant en Orphée, exprimant sa tristesse à travers de multiples nuances. D’autre part, le ténor ne manque pas de coffre pour faire entendre sa colère aux dieux qui ont permis la mort prématurée de sa bien-aimée. 

Ne reculant devant rien pour tenter de calmer sa douleur, Orphée descend alors dans le monde des ténèbres, dans le but de convaincre les souverains des Enfers de lui rendre son Eurydice. Le jeune veuf brave même Pluton incarné par Kevin Arboleda-Oquendo, impeccable basse au look sarcastique qui arbore même des lunettes fumées!

On accepte finalement de rendre à Orphée son Eurydice, à condition qu’il marche devant elle sans jamais se retourner avant d’avoir regagné le monde des vivants. L’opéra de Charpentier omet la fin tragique de ce mythe qu’on retrouve, par exemple, dans L’Orfeo de Monteverdi. C’est pourquoi certains croient que l’œuvre de Charpentier est restée inachevée.

Simple et efficace!

La mise en espace de Stéphane Facco et Marie Lambert-Le Bihan ne s’encombre pas d’accessoires et laisse plutôt les chanteurs et danseurs occuper tout l’espace disponible devant l’orchestre. Une pièce de tissu blanc sert à projeter la lumière ou se transforme en nappe, tandis que des cordes rouges évoquent serpents et flammes. C’est sans chichi et d’une grande efficacité!

Quant aux chorégraphies de Martin Chaix, elles sont vitaminées et colorées de touches modernes. Entre autres, les bruits de pas, surtout dans les scènes de guerre, constituent à eux seuls une sorte de partition rythmique qui s’ajoute à la musique. Pas de doute, c’est du baroque bien vivant!

Bastien Rimondi en Orphée, debout dans la première rangée.

En retrait, William Christie dirige avec discrétion, depuis le clavecin ou l’orgue. Réputé pour sa maîtrise de l’ornementation et du phrasé propre à Charpentier, le maestro de 81 ans veille continuellement à mettre en valeur les chanteurs. À travers des tempos variés et parfois quelques dissonances, l’orchestre devient en quelque sorte l’un des personnages des histoires qui nous sont racontées.

Cette soirée enchanteresse s’est cependant déroulée devant une assistance plutôt clairsemée, malgré ce programme somptueux et des conditions météo idéales en ce 11 juillet. Dommage!

Les mélomanes auront heureusement d’autres occasions de sortir de leur tanière, puisque le Festival de Lanaudière se poursuivra jusqu’au 2 août.

La troupe des Arts Florissants de William Christie, au Festival de Lanaudière / Crédit photo: Gabriel Fournier

*Selon le programme du Festival de Lanaudière, le mot «florissant» s’écrit avec un «f» minuscule dans le titre de l’opéra de Charpentier et avec un «f» majuscule dans le nom de l’ensemble formé par William Christie.

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